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FEMMES ENCEINTES, TABAC ET GROSSESSE



C’est pendant la grossesse que les femmes vont réaliser le plus de tentatives d’arrêt.

C’est un moment privilégié, car les femmes sont très motivées. À la différence des hommes, les femmes en général présentent une dépendance plus forte. La motivation et la confiance en soi sont plus faibles. L’adhésion aux traitements est moins bonne et le syndrome de sevrage est plus marqué. Les taux de sevrages sont plus bas, malgré une substitution plus forte. Les femmes vont être influencées par le cycle hormonal et par les symptômes anxio-dépressifs plus fréquents.

Les femmes pensaient pouvoir arrêter seules, suffisamment motivées pour le bébé, mais n’y parviennent pas et culpabilisent.

La pression extérieure énorme augmente encore sa culpabilité. Donc, déculpabiliser la patiente, et positiver tous les efforts accomplis dans une relation empathique, chaleureuse authentique et non culpabilisante va créer un rapport collaboratif important pour l’adhésion au suivi et au traitement. L’idéal est un suivi par une sage-femme tabacologue qui connaît la psychologie de la femme enceinte et l’addiction et qui pourra consacrer du temps à cet accompagnement.

Si le conjoint fume aussi, il est indispensable de le motiver à arrêter pour accroître les chances de sevrage en réduisant les tentations pour réduire le tabagisme passif et éviter les reprises.

Il faut d’abord diagnostiquer le nombre de cigarettes avant, puis après la connaissance de la grossesse. Le test de Fagerström est fortement diminué en raison de la réduction spontanée du nombre de cigarettes fumées à l’annonce de la grossesse et du délai rallongé entre le réveil et la première cigarette du fait des nausées. Il est donc essentiel de questionner la patiente sur ses habitudes tabagiques datant d’avant la grossesse. Le cannabis, les cigarettes roulées, la chicha donnent des taux de CO très élevés. Le repérage de co-morbidité et de consommation d’alcool et/ou de cannabis, voire d’autres substances psycho-actives est indispensable. L’information à donner aux patientes est de viser l’arrêt même si cela débute par une réduction, ce qui les rassure.

Des idées fausses circulent à ce propos. Par exemple de nombreux médecins ont proposé aux femmes enceintes de garder 5 cigarettes par jour pour ne pas les stresser. D’autres croyances : « il est interdit de fumer avec un patch », ou bien « les SN sont contre-indiqués pendant la grossesse » ou « seuls les SN peu dosés peuvent être prescrits », alors que l’autorisation de mise sur le marché existe depuis 1997 pour la grossesse. L’information des méfaits n’est pas obligatoire pour la patiente qui culpabilise, ce qui aurait pour effet d’augmenter son stress. Une information claire et adaptée doit être donnée sans diaboliser ni stresser, ni culpabiliser.

En première intention, proposer des techniques psycho-comportementales, ou un accompagnement psychologique. En cas d’échec ou de forte dépendance, envisager une prescription de substitut nicotinique, ou des remèdes naturels efficaces. Cependant, pour les patientes qui fument très vite après le réveil, la méthode chiapi sera d'une grande utilité et fortement à conseiller, en plus des remèdes naturels. Il est également possible de cumuler des patches si besoin, surtout si la patiente fume des joints. La femme enceinte connaît une exacerbation du goût et éprouve parfois des difficultés avec les pastilles et les gommes. Au cours de l’allaitement maternel, les recommandations proposent plutôt des formes orales juste après la tétée, comme pour les cigarettes, de manière à limiter le passage de la nicotine dans le lait maternel. Mais ce traitement s’avère souvent insuffisant, aussi le traitement antérieur sera poursuivi le temps nécessaire pour que la patiente se sente à l’aise sans tabac, ou pour assurer une réduction des risques.


Les solutions chimiques proposées par la médecine conventionnelle, comme le bupropion et la varénicline sont contre-indiqués chez la femme enceinte ou allaitante. L’OMS ne recommande pas la cigarette électronique chez la femme enceinte ou allaitante. Si par contre, une patiente a arrêté avec la vapote, ne pas la décourager. Les consultations de suivi doivent être rapprochées et sur du long terme. Tout arrêt est bénéfique, et ce, quel que soit le terme de la grossesse et le taux de CO de départ.

- Dès 8h d’arrêt, le risque de mort fœtale diminue. - Dès 24h, les métrorragies diminuent. - Dès 48h, l’oxygène du fœtus se normalise, il bouge davantage, sa croissance reprend correctement et l’appétit de la maman reprend.

- Dès 72h, le risque de prématurité et de rupture prématuré des membranes est réduit.

Si la patiente n’arrête pas, proposez-lui la réduction des risques en substituant suffisamment. Ainsi le CO va être diminué comme tous les autres produits contenus dans la fumée.


Préconiser de toujours fumer à l’extérieur de la maison et de la voiture, jamais en présence de l’enfant.

Le bébé ne doit pas dormir dans le lit des parents, pour prévenir la mort subite du nourrisson.

En post-partum, la rechute concerne jusqu’à 90 % des femmes. Tout doit être mis en place pour maintenir le sevrage ou pour motiver les femmes à se sevrer, même après l’accouchement.

Les taux élevés de tabagisme sont associés à des suivis de grossesse de moindre qualité.

En post-natal, le profil des femmes qui refument, seraient une femme de moins de 30 ans, de bas niveau éducatif, en sur ou sous-poids, multipare, et vivant en zone urbaine.

Gilles Granger parle d’inégalité psycho-sociale face au tabac.

Le tabagisme augmente avec la précarité. Les femmes ayant des emplois non qualifiés sont 5 fois plus nombreuses à fumer que des femmes ayant des emplois qualifiés. Les adolescentes enceintes sont 6 fois plus nombreuses à poursuivre leur consommation que les femmes plus âgées. Quelles sont les frames pour ces femmes enceintes ? Parfois elles évoquent trop de soucis et de stress pour être disponibles, pour organiser, réfléchir à des stratégies pour leur arrêt. La grossesse est alors vécue comme un stress supplémentaire, surtout si celle-ci n’était pas prévue. Le tabac est, disent-elles, leur seul plaisir. Les patientes qui continuent à fumer fument du tabac à rouler. Moins cher certes, mais plus toxique. Elles continuent souvent à fumer des joints ou de boire de l’alcool pendant la grossesse ou encore prennent d’autres drogues illicites.

Elles sont fréquemment en grande vulnérabilité psychique.

À l’origine, on retrouve une pathologie du lien, un trouble de l’attachement. Parfois, le démarrage de l’addiction a lieu suite à des violences subies qu’elles soient physiques, sexuelles, et/ ou psychiques, dans la jeunesse ou au sein du couple. Un syndrome de stress post-traumatique, des traumatismes psychologiques à répétition ou la maladie psychiatrique peuvent entraîner des conduites addictives difficiles à stopper.

En conclusion, le sevrage tabagique pour ces patientes doit être une occasion d’améliorer leur santé, mais aussi celle du bébé et c’est également une préparation à la parentalité. Cela permet de débuter une meilleure nouvelle vie avec un enfant, de réduire les risques de maltraitance. Le travail en équipe pluri-disciplinaire est indispensable.

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